martes, 13 de abril de 2010
jueves, 8 de abril de 2010
QU’EST-CE QUE JE FOUS DE MA VIE
- « Qu’est-ce que je fous de ma vie!!! Mais qu’est-ce que je fous de ma vie!!! »
La voix lui griffe la gorge, elle croit hurler pour la première fois avec les entrailles. Le son rebondit contre les murs en marbre du hall de la bibliothèque. Elle croit même entendre le écho du battement de son cœur - vraiment ?
Non, elle n’est même plus dans le hall, elle est sortie dans la rue. Ses jambes l’emmènent là où l’air semble plus respirable. Elle ne sait plus trop où elle est, les images vont plus vite que sa propre capacité pour recomposer l’image de soi-même.
Oui, elle se voit clairement à présent, appuyée contre une voiture rouge. Ses jambes se sont arrêtées. Elles tremblent, va-t-elle s’évanouir? Elle perçoit tout ce qui lui entoure comme s’il s’agissait d’un film, elle est hors de tout ça, les gens la regardent mais elle ne s’en aperçoit pas. Ça n’a aucun effet sur elle. Elle est tournée vers sa crise de panique, elle essaye de ressentir clairement tout ce que son corps manifeste. Son cœur bat toujours aussi vite. Elle a peur de défaillir mais elle renonce á sa première réaction de s’asseoir par terre. Personne ne la verrait entre les deux voitures. Comment ça ? Veut-elle vraiment qu’on la trouve ?
Elle essaye de recomposer les faits. Tout ce qui lui revient á la mémoire c’est la question qu’elle a gueulé à pleins poumons au milieu du hall. Était elle déjà sortie ? Il lui semble soudain que la première fois qu’elle a crié « qu’est que je fous de ma vie » elle était encore dans la salle de bibliothèque.
Ses notes lui reviennent en mémoire. Aucune phrase en concret, pas même un titre. Elle est incapable de se souvenir de quoi il s’agissait. Les mêmes feuilles chiffonnées et remplies d’annotations qu’elle a avalé pendant les six derniers mois. Le fait de l’avoir oublié la soulage. C’est comme si soudain elles n’avaient pas de raison d’être, comme si finalement elle n’allait pas se présenter au concours. Effacer tout cela de son horizon lui permet de se calmer. Il n’y a rien qu’un vide devant elle, c’est ce dont elle a besoin maintenant.
- « ¿Ça va ? »
C’est la deuxième fois qu’elle l’entend, mais ce n’est qu’à présent qu’elle réagit. Elle lève la tête, voit des sandales en cuir et un pantalon vert. Des grands pieds. Finalement, elle était assise par terre !
Le jeune homme s’accroupit devant elle. Elle prend son temps pour l’examiner, il attend une réponse mais il semble que le temps réel s’écoule moins vite en réalité. Tout se passe au ralenti.
- « Oui, ne t’inquiète pas. J’avais besoin d’air ».
Il a les traits anguleux, une mâchoire marquée et des lunettes rondes. Les yeux verts. Elle avait souvent imaginé cette situation. Elle pleurerait dans un wagon de métro, ou dans un couloir étroit á la fac, peut-être á cause de la mort d’un proche ou pour une dispute d’amour. Un beau jeune homme viendrait s’intéresser pour elle. Ils parleraient longuement, ils finiraient par s’embrasser tendrement.
- « Veux-tu que j’appelle quelqu’un ? »
Elle le regarde á nouveau. Elle a perdu tout intérêt pour lui. Il lui semble soudain trop vulgaire, d’une beauté trop familière pour forcer le rapprochement. Non, après tout elle n’avait pas envie qu’on la trouve.
- « Non, j’irai récupérer mes affaires et je prends un bus. Ce n’est qu’une crise de nerfs. Je vais mieux, merci. »
En fin de compte, il ne semble pas non plus très concerné. Il l’aide à se lever mais ne l’accompagne pas á l’intérieur. Le garçon de ses fantaisies aurait insisté et l’aurait accompagnée jusqu’à l’arrêt du bus. Mais aujourd’hui en réalité, dans ce cas là, elle l’aurait envoyé faire foutre. Elle n’a vraiment pas besoin de parler. Elle veut juste disparaître.
Quand elle traverse le seuil de la porte, un sentiment de honte l’envahit soudain. Elle sent tous les regards tournés vers elle. Oui, c’est là dedans qu’elle a crié pour la première fois. Elle a même tiré de ses cheveux, elle s’en souvient bien á présent. Quel geste grotesque ! Quelle réaction désespérée !! On a vraiment dû la prendre pour une cinglée. Mais qu’est-ce qui lui a pris ?
Elle ramasse ses feuilles et ses stylos, n’ose surtout pas lever le regard vers la fille d’en face, qui semble guetter le contact visuel pour lui demander si ça va. Elle met son sac á dos sur une seule épaule d’un geste vif et pressé et s’apprête á sortir pour la deuxième fois de la salle.
Mais qu’est-ce qui lui a pris donc? Elle se retourne et lance un regard là où elle était assise. Les systèmes d’aération, en lettres bleues, le titre repassé au feutre vert. Le froid au dos, toute sa vie comme un poids insoutenable qui s’abat sur elle, la proie faible et insouciante qui s’est montrée dans la clairière, toute petite comme une souris. Elle a senti les griffes, la lourdeur étouffante sus ses épaules, sa vie comme une menace de médiocrité et de langueur. Elle s’est accrochée à sa chevelure et elle a crié.
La voix lui griffe la gorge, elle croit hurler pour la première fois avec les entrailles. Le son rebondit contre les murs en marbre du hall de la bibliothèque. Elle croit même entendre le écho du battement de son cœur - vraiment ?
Non, elle n’est même plus dans le hall, elle est sortie dans la rue. Ses jambes l’emmènent là où l’air semble plus respirable. Elle ne sait plus trop où elle est, les images vont plus vite que sa propre capacité pour recomposer l’image de soi-même.
Oui, elle se voit clairement à présent, appuyée contre une voiture rouge. Ses jambes se sont arrêtées. Elles tremblent, va-t-elle s’évanouir? Elle perçoit tout ce qui lui entoure comme s’il s’agissait d’un film, elle est hors de tout ça, les gens la regardent mais elle ne s’en aperçoit pas. Ça n’a aucun effet sur elle. Elle est tournée vers sa crise de panique, elle essaye de ressentir clairement tout ce que son corps manifeste. Son cœur bat toujours aussi vite. Elle a peur de défaillir mais elle renonce á sa première réaction de s’asseoir par terre. Personne ne la verrait entre les deux voitures. Comment ça ? Veut-elle vraiment qu’on la trouve ?
Elle essaye de recomposer les faits. Tout ce qui lui revient á la mémoire c’est la question qu’elle a gueulé à pleins poumons au milieu du hall. Était elle déjà sortie ? Il lui semble soudain que la première fois qu’elle a crié « qu’est que je fous de ma vie » elle était encore dans la salle de bibliothèque.
Ses notes lui reviennent en mémoire. Aucune phrase en concret, pas même un titre. Elle est incapable de se souvenir de quoi il s’agissait. Les mêmes feuilles chiffonnées et remplies d’annotations qu’elle a avalé pendant les six derniers mois. Le fait de l’avoir oublié la soulage. C’est comme si soudain elles n’avaient pas de raison d’être, comme si finalement elle n’allait pas se présenter au concours. Effacer tout cela de son horizon lui permet de se calmer. Il n’y a rien qu’un vide devant elle, c’est ce dont elle a besoin maintenant.
- « ¿Ça va ? »
C’est la deuxième fois qu’elle l’entend, mais ce n’est qu’à présent qu’elle réagit. Elle lève la tête, voit des sandales en cuir et un pantalon vert. Des grands pieds. Finalement, elle était assise par terre !
Le jeune homme s’accroupit devant elle. Elle prend son temps pour l’examiner, il attend une réponse mais il semble que le temps réel s’écoule moins vite en réalité. Tout se passe au ralenti.
- « Oui, ne t’inquiète pas. J’avais besoin d’air ».
Il a les traits anguleux, une mâchoire marquée et des lunettes rondes. Les yeux verts. Elle avait souvent imaginé cette situation. Elle pleurerait dans un wagon de métro, ou dans un couloir étroit á la fac, peut-être á cause de la mort d’un proche ou pour une dispute d’amour. Un beau jeune homme viendrait s’intéresser pour elle. Ils parleraient longuement, ils finiraient par s’embrasser tendrement.
- « Veux-tu que j’appelle quelqu’un ? »
Elle le regarde á nouveau. Elle a perdu tout intérêt pour lui. Il lui semble soudain trop vulgaire, d’une beauté trop familière pour forcer le rapprochement. Non, après tout elle n’avait pas envie qu’on la trouve.
- « Non, j’irai récupérer mes affaires et je prends un bus. Ce n’est qu’une crise de nerfs. Je vais mieux, merci. »
En fin de compte, il ne semble pas non plus très concerné. Il l’aide à se lever mais ne l’accompagne pas á l’intérieur. Le garçon de ses fantaisies aurait insisté et l’aurait accompagnée jusqu’à l’arrêt du bus. Mais aujourd’hui en réalité, dans ce cas là, elle l’aurait envoyé faire foutre. Elle n’a vraiment pas besoin de parler. Elle veut juste disparaître.
Quand elle traverse le seuil de la porte, un sentiment de honte l’envahit soudain. Elle sent tous les regards tournés vers elle. Oui, c’est là dedans qu’elle a crié pour la première fois. Elle a même tiré de ses cheveux, elle s’en souvient bien á présent. Quel geste grotesque ! Quelle réaction désespérée !! On a vraiment dû la prendre pour une cinglée. Mais qu’est-ce qui lui a pris ?
Elle ramasse ses feuilles et ses stylos, n’ose surtout pas lever le regard vers la fille d’en face, qui semble guetter le contact visuel pour lui demander si ça va. Elle met son sac á dos sur une seule épaule d’un geste vif et pressé et s’apprête á sortir pour la deuxième fois de la salle.
Mais qu’est-ce qui lui a pris donc? Elle se retourne et lance un regard là où elle était assise. Les systèmes d’aération, en lettres bleues, le titre repassé au feutre vert. Le froid au dos, toute sa vie comme un poids insoutenable qui s’abat sur elle, la proie faible et insouciante qui s’est montrée dans la clairière, toute petite comme une souris. Elle a senti les griffes, la lourdeur étouffante sus ses épaules, sa vie comme une menace de médiocrité et de langueur. Elle s’est accrochée à sa chevelure et elle a crié.
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